vendredi 16 novembre 2007

Chaipitre 8 émotions

- Dis ! Tu …
Hallucinogene ne le laissa pas finir, elle lui sourit avec cette façon si coquine et tendre qui le faisait craquer à chaque fois et depuis toujours.
Une fois de plus il ne put lui résister et lui sourit à son tour, conquis!
- Quelle sacrée fille tout de même ! Pensa-t-il.
- Chut viens vite, lui dit- elle à voix basse, ne restons pas sur la plage ! Et elle prit sa main l’entraînant vers la forêt qui bordait la bande de sable.
Ils pénétrèrent dans l’épaisse jungle. Essayant de se frayer un passage au milieu de l’inextricable végétation.
- Bon sang, je comprends pourquoi personne n’habite ici, râla Tungstene qui venait de se prendre dans la figure une branche qu’Hallucinogene avait relâché brusquement.
- Houps excuse -moi, dit- elle amusée.
Tungstene fit la moue et se remit à marcher. Ils avancèrent plus profond encore dans la forêt lorsque soudain Hallucinogene se figea. Tungstene qui baissait la tête pour regarder où il posait les pieds la percuta. Il allait s’excuser, mais il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche qu’elle posa un doigt sur ses lèvres.
- Chut…Lui intima-t- elle de se taire, et dans un souffle lui dit, écoute !
Tungstene se raidit et tendit l’oreille. Des voix sortaient de derrière les fourrés. Mais la distance qui les séparait les empêchait de pouvoir être compréhensibles.
- Rapprochons-nous, proposa Tungstene à voix basse.
Il passa devant Hallucinogene, s’accroupit et rampa sous de grandes feuilles.
Hallucinogene le regarda un moment, admirative, elle avait toujours apprécié le côté aventurier de son ami qui savait si bien prendre les bonnes initiatives dans les moments les plus délicats. Puis son goût de l’action reprit le dessus et elle se jeta à ses côtés. Atterrissant dans une flaque de boue, elle éclaboussa Tungstene, et se retrouvèrent tous les deux en tenue de camouflage bien sans le vouloir. Ils pouffèrent de rire de se voir ainsi. Mais les voix se rapprochaient leur rappelant qu’ils devaient rester discrets. Par précaution Tungstene sortit le coquillage magique de sa poche, prêt à souffler dessus s’ils se retrouvaient découverts par les pirates. Il prit la main d’Hallucinogene dans la sienne pour être sûr qu’elle ferait bien partie du voyage s’il devait avoir lieu. En sentant la douce chaleur de sa peau contre la sienne, Hallucinogene se retourna vers lui, il la regarda de ses charmants yeux marrons, son cœur palpita de plus belle, elle avait une irrésistible envie de l’embrasser, mais une fois de plus le moment ne s’y prêtait pas. Ils rampèrent encore quelques mètres pour se rapprocher un peu plus.
- Ho regarde ça ! S’exclama Tungstene dans un souffle. Appuyé contre un gros rocher un vieux pirate à l’air patibulaire fumait tranquillement une longue pipe marine. Sa barbe hirsute cramoisie par la chaleur de son brûle-gueule, découvrait de temps à autre quelques vilaines dents noircies par le tabac. Son compère plus jeune, avec qui il discutait, trépignait. Sa longue queue de cheval faisait des bonds de droite à gauche sur sa large chemise violette. Son col bordé de grossières dentelles, grand ouvert, laissait apparaître l’épaisse toison de son torse. Il semblait agité et tripoté nerveusement le bandeau noir qui recouvrait son œil.
- Ah peste, je me demande bien qui sont ces pirates qui agissent sans l’ordre du Chef, siffla-t-il. La cicatrice qui traversait sa joue tressautait de mouvements convulsifs à chaque parole qu’il prononçait.
- Y sont sûrement pas de chez nous en tous cas, répondit calmement le vieux pirate, et va savoir, avec le nombre de clans que nous sommes !
- Les maudits traîtres ! Grogna-t-il dans un raclement de gorge peu encourageant.
Tungstene se retourna vers Gennie
- Ça alors ! Nos pirates ne peuvent donc pas être là !
- Oui ! Dit-elle dans un souffle qui laissait transparaître l’inquiétude qui l’envahissait, partons avant de nous faire repérer, je ne voudrais pas tomber entre les mains de ce type ! Tout en disant cela, elle serrait machinalement plus fortement la main de Tungstene. Il la regarda tendrement, lui sourit, son cœur se mit à battre plus vite, Hallucinogene se sentit rassurée.
Tungstene souffla sur la coquille magique, et POUUUFFFF ils s’évaporèrent.
Entendant le bruit, le plus jeune des pirates se retourna, tira rapidement son sabre du Fourreau,
- Tu as entendu ? Qu’est-ce que c’était ? Grinça —t-il,
mais Tungstene et Hallucinogene réapparaissaient déjà dans la cabine de pilotage du bateau.
- Mets les gaz Baliverne, on rentre !
Baliverne voyant à la tête de ces amis qu’il n’était pas temps de discuter, exécuta la demande.
- C’est parti !
Le petit bateau prit un virage serré en direction d’Atlantis et s’enfonça dans la nuit noire.
- Bon maintenant que nous sommes éloignés, racontez- moi un peu ce qui s’est passé ! demanda Baliverne.
Tungstene et Hallucinogene s’empressèrent donc de lui relater le contenu de la conversation qu’ils venaient de surprendre entre les pirates.
Baliverne fit la grimace.
- Qu’allons- nous faire alors ? Laisser tomber ?
- Non ! Dit Tungstene d’un air mystérieux, je pense avoir une idée. Ses deux amis le regardèrent plein de curiosité.

Peu de temps après, ils accostaient au port. Tungstene attacha le bateau à la bite d’amarrage.
- Puisque nous ne pouvons pas trouver les pirates, il n’y a qu’une solution ! Aller trouver mon beau- frère et lui parler de notre plan.
Hallucinogene souffla, elle était fatiguée, et l’idée d’aller parlementer avec le sous Magistrat ne l’emballait pas trop, d’autant qu’il n’était pas son personnage politique préféré. Elle lui trouvait un côté carriériste un peu trop prononcé pour être honnête. Et puis l’abondance des sensations de la soirée l’avait vidée, et elle ne savait plus trop quoi penser sur la tournure des relations qu’elle devrait entretenir avec Tungstene. Il s’était passé entre eux depuis quelques jours et surtout ces dernières heures, une attirance bien plus forte que de l’amitié, et cela lui faisait désormais peur. Qu’adviendrait-il de leur amitié si jamais ils vivaient une histoire d’amour qui finisse mal ? Elle se refusait pour l’instant de prendre une décision, et espérer comme le disait le vieil adage, que la nuit lui porterait conseil.
- Moi je rentre, demain, je dois me lever tôt, leur dit elle.
Alors lasse, la tête bien loin du souci des pirates elle embrassa Tungstene et Baliverne sur la joue et leur souhaita une bonne nuit.
Elle s’éloigna, Tungstene la regarda partir, et ressentit comme un courant d’air froid qui lui coulait le long du dos. Un poids pesant se fit sentir dans son ventre. Il fit la grimace, cette sensation de plomb dans les entrailles, il l’avait déjà ressenti ces jours-ci, à chaque fois qu’il devait se séparer d’Hallucinogene. Et il avait beau essayé de se raisonner, il ne parvenait pas à la chasser.

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