Assise sur une chaise, Hallucinogene finissait de lacer ses chaussures. La tête penchée en avant, ses cheveux pendaient devant ses yeux. Elle releva la tête et d’un hochement gracieux les remit en place.
Elle saisit sa serviette, c’était une petite mallette de cuir brun clair que lui avait offerte sa mère lors de sa première année d’étude de sage. Elle commençait à être usée, mais Hallucinogene ne pouvait se résoudre à s’en séparer, elle avait bien plus de valeur à ses yeux qu’un simple attaché-case banal. Elle y fourra quelques instruments et sortit de chez elle.
La rue était une fois de plus bruyante, deux livreurs avaient de la peine à se croiser et leurs conducteurs s’impatientaient. Les charretiers se hurlaient dessus les chevaux hennissait en se passant à côté et chacun y allait de son juron favori pensant toujours être le meilleur conducteur de char possible. Hallucinogene leva le bras bien haut et héla une chaise à porteur. Aussitôt deux hommes aux cheveux roux flamboyants s’arrêtèrent à sa hauteur. Leurs toges courtes canari et le liseré à damiers noir et blanc qui leur servait de ceinture permettaient de les distinguer immédiatement dans le flux de la circulation.
- Finalement rien ne remplacera ces fameux taxis jaunes, songea t-elle en montant dans l’étrange attelage. Bonjour, dit-elle en prenant place, à la caserne s’il vous plait.
Sans problème ma petite dame ! Dit celui de devant en abaissant le levier du compteur.
- A la caserne Georges ! Cria-t-il à son coéquipier.
- C’est parti Fred ! Répondit celui-ci et les deux porteurs tirèrent sur leurs bras et se mirent à trotter entre les chars arrêtés de la rue encombrée.
- Alors jeune fille, pas de problème avec la CRS j’espère, demanda le premier plus pour engager la conversation que pour autre chose.
Hallucinogene sourit :
- Non ne vous inquiétez pas merci, c’est pour le travail.
- Ben oui Fred, dit celui de derrière, tu vois bien que la demoiselle est sage ! Elle va soigner quelqu’un, n’est- ce -pas mademoiselle ?
Hallucinogene éclata de rire, l’indiscrétion de ses deux chauffeurs l’amusait beaucoup, mais elle ne leur en dit pas davantage sur ce qu’elle allait faire.
Puis réfléchissant un peu, elle leur demanda :
- Dites-moi, vous qui avez beaucoup de contacts avec les gens, je souhaite partir en croisière, sauriez -vous me dire quel est l’endroit que je dois éviter le plus pour ne pas tomber sur des pirates ?
Les deux hommes se regardèrent, mais aucun des deux ne semblait avoir de réponse.
- Vous savez, nous c’est plutôt sur terre notre métier, alors là ! Je ne saurais quoi vous dire, répondit Georges l’air dépité de ne pouvoir l’aider.
- On m’a dit qu’il valait mieux éviter le sud des îles noires, ajouta Fred, mais je ne sais trop s’il faut y croire.
A ces mots, ils arrivaient devant les grilles de la caserne. Hallucinogene les remercia, paya et se dirigea vers le poste de garde.
Une sentinelle était postée là, faisant office d’hôtesse d’accueil.
- Bonjour, je suis la sage Hallucinogene, je viens pour les visites médicales, se présenta-t-elle au soldat.
Le militaire compulsa rapidement son agenda et lui sourit.
- Bonjour mademoiselle, vous êtes bien inscrite, il n’y a pas de problème. Puis lui tendant un badge. Tenez accrocher cela de façon bien visible pour ne pas avoir d’ennui. Hallucinogene se saisit du bout de plastique, et lut marqué en grosses lettres noires « Visiteur Médical » Elle défit la petite épingle à nourrice collée à l’arrière et brocha l’étiquette sur sa poitrine.
- Vous n’aurez qu’à passer par la porte en bois là bas, puis au fond du couloir à droite, continua le militaire.
Hallucinogene traversa la grande place d’armes. Les pavés qui la recouvraient étaient encore moites de l’humidité nocturne et le blason peint d’Atlantide en son milieu luisait au soleil. Elle poussa le battant et pénétra dans l’imposant bâtiment. Ses murs en pierres de taille devaient bien faire un mètre cinquante d’épaisseur, et isolaient en bonne partie de la chaleur extérieure. Une odeur de salpêtre flottait dans l’air et l’on se serait cru dans une cave. La fraîcheur du couloir et son austérité firent frissonner Hallucinogene.
- Brrrrrrr…pas très accueillant comme endroit, songea-t-elle.
Les étroites fenêtres laissaient néanmoins passer le jour et Hallucinogene put voir des pancartes sommairement imprimées sur du simple papier, fléchant l’itinéraire pour se rendre aux visites médicales. Elle suivit donc les indications jusqu’au bout, et finit par déboucher sur une porte peinte en jaune.
Elle frappa poliment. Une petite voix lui répondit d’entrer.
Elle ouvrit et se retrouva face à une petite dame habillée en blanc. Elle devait avoir la soixantaine et son chignon de cheveux gris lui donnait un air de grand-mère gâteau. La petite vielle lui sourit au milieu de la salle. Gennie regarda machinalement autour d’elle, c’était une petite pièce très claire et son air accueillant contrastait véritablement avec le couloir. Sa décoration laissait supposer que c’était l’infirmerie.
- Bonjour ! Couina la petite femme, je suis Mathilda Berguene. C’est moi l’infirmière qui doit vous assister.
Hallucinogene lui rendit son sourire
- Enchanté, j’espère que nous passerons un bon moment ensemble.
- Hi, hi, hi, rit la dame, c’est à n’en pas douter, dit-elle en se dirigeant vers un plateau où des tasses remplies d’un café fumant et des petits biscuits les attendaient.
Hallucinogene la regarda attendrie, on aurait dit une petite souris.
Elles bavardèrent comme cela un court moment, puis les candidats commencèrent à arriver. Elles se mirent donc au travail.
Cela faisait maintenant trois heures qu’elles oeuvraient côte à côte, la complicité médicale s’étant nouée, Hallucinogene pensa qu’il était temps de poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée.
- Ben ils ont l’air en assez bonne forme tous vos petits gars, commença-t-elle pour amorcer le terrain.
- Ho ben ma foi oui, j’essaie bien de les suivre du mieux que je peux, répondit la vieille infirmière.
- C’est du bon boulot, et ça ne doit pas tous les jours être facile, ne serait — ce qu’avec toutes ces batailles contre les pirates, tenta Hallucinogene, observant du coin de l’œil la réaction de sa collègue.
Mais celle-ci ne broncha pas et continua comme si de rien n’était.
- Bof, ce n’est pas vraiment le plus difficile ça ! Dit - elle sur un air de mystère, puis continuant, ce n’est pas si souvent que ça.
- Ha Bon ? S’étonna Hallucinogene qui haussa le ton sans s’en apercevoir.
- Chuuuuttt ! Dit la petite souris à voix basse, puis elle rajouta, ils ne se battent quasiment jamais, je suppose même qu’ils évitent exprès de se trouver face à face, et quand c’est le cas, j’ai tout l’impression que c’est arrangé, des sortes de règlements de compte quoi !
Hallucinogene tendit l’oreille très intéressée.
- Vous voulez dire qu’ils sauraient où les trouver ? Demanda — t-elle en se rapprochant.
- Oui, souffla la vieille dame, et venez voir, je pense même que ça doit être ici, dit - elle en pointant du doigt une petite île sur le planisphère qui décorait le mur derrière son bureau. Mais…Motus et bouche cousue, ajouta —t- elle en faisant comme si elle fermait une fermeture éclair sur sa bouche, je ne vous ai rien dit, c’est top secret.
- Top secret, répéta Hallucinogene en refaisant le même geste.
Le cœur d’Hallucinogene s’emballait, à en croire cette vieille infirmière, ils ne leur restaient plus qu’à se rendre sur cette île et ils trouveraient les pirates.
Elles avaient passé le reste de la journée à ausculter les militaires, mais n’avaient plus reparlé des pirates, Hallucinogene ne voulait pas éveiller inutilement des soupçons. Et c’est vannée, les jambes lourdes, qu’elle repassa le soir devant la sentinelle de l’entrée. Elle lui tendit le badge, la salua et prit congé.
- Ouf, finalement ç’ était plus facile que je ne pensais, songea-t-elle en entrant chez elle. Elle jeta sa mallette dans un coin, regarda sa montre, elle rêvait de prendre une douche, mais l’heure tournait vite.
- J’ai juste le temps de manger un bout, pensa —t- elle en se dirigeant vers la cuisine. Elle ouvrit le frigo se fit un gros sandwich au poulet ketchup mayonnaise, recouvert d’une feuille de salade, son préféré. Dégustant son frugal repas, elle passa par sa bibliothèque et prit un tube de carton.
- Maintenant, il me faut ça, dit - elle en le prenant.
Chapitre 4
Sur la piste des pirates
La nuit était tombée sur le port d’Atlantis, et la mer tranquille laissait entendre le doux clapotis des vagues venant bercer les bateaux. Tungstene et Baliverne attendaient sur le pont d’un petit navire de plaisance. Tungstene l’avait acheté d’occasion quelques années auparavant à un pêcheur qui partait à la retraite. Il l’avait transformé quelque peu pour le rendre plus agréable, mais son côté rustique et outil de travail ressortait tout de même.
- Ha voilà Hallucinogene, s’exclama Tungstene en voyant accourir son amie à leur rencontre.
- Ça y est, j’ai ce qu’il faut pour les localiser, dit-elle en brandissant fièrement un rouleau de papier d’environ cinquante centimètres.
Tungstene lui tendit la main, et elle se hissa sur le pont. Ils entrèrent dans la cabine de pilotage afin de soustraire leur conversation aux éventuelles oreilles indiscrètes des promeneurs nocturnes qui traîneraient sur les quais. Hallucinogene leur raconta brièvement sa conversation avec l’infirmière et déroula le parchemin sur la frêle table en bois qui trônait au milieu de la petite pièce. Il laissa apparaître une carte marine représentant quelques îles aux alentours d’Atlantide.
- La principale île des pirates est ici, dit - elle en pointant du doigt une parcelle de terre dessinée sur fond bleu.
- L’île d’Heulamor ! S’exclama Tungstene, On y va ! Tu as largué les amarres Baliverne ? Demanda-t-il se ruant déjà sur les commandes du bateau.
- Oui, c’est fait !
- Alors en avant toute, s’écria Tungstene en poussant la manette des gaz.
Le petit bateau s’éloigna aussitôt de l’embarcadère, laissant derrière lui les lumières du port pour s’enfoncer dans la nuit bleutée, parsemée d’étoiles, à la recherche du repaire de dangereux pirates.
Ils naviguèrent tranquillement puis, la mer enfla légèrement.
- Bal, prends les commandes ! Je vais aller attacher quelques caisses de matériel de plongée qui traînent à l’arrière, je ne voudrais pas qu’elles tombent avec la houle, dit Tungstene.
-Je viens avec toi ! Lança Hallucinogene en le suivant.
Ils sortirent de la cabine de pilotage, l’air frais de la nuit battait leurs joues. Tungstene se pencha sur les bouteilles d’oxygène et les mit dans un coffre en bois. Hallucinogene le regarda faire, elle avait toujours admiré chez son ami la délicatesse de ses gestes. Même pour les taches les plus communes, il savait toujours trouver la juste mesure de sa force et la précision de ses mouvements. Son cœur se mit à battre plus rapidement, une douce chaleur l’envahit. Machinalement son regard parcourut la silhouette de Tungstene
- Houa ! Quel bel homme il est devenu, pensa t-elle toujours plus charmée.
Tungstene se retourna son regard croisa le sien, il lui sourit,
- REHOUUUAAAA ! Hallucinogene eut l’impression que ses pieds venaient de décoller. Une sensation de bien -être la remplit. Rien n’avait plus d’importance qu’elle et Tungstene, ici l’un à côté de l’autre.
- Dis-moi, pourquoi l’armée ne fait-elle rien, alors qu’elle sait où se trouvent les pirates ? Demanda Tungstene.
Hallucinogene entendit à peine la question, elle baignait dans les yeux de Tungstene et lui répondit machinalement
- Bah ! …C’est sûrement politique ! Elle s’adossa au bastingage et levant la tête rajouta, il fait beau ce soir…
Tungstene regarda Hallucinogene, leurs regards se croisèrent à nouveau, d’un coup son estomac se mit à bondir comme jamais.
Il s’approcha d’elle, et leva à son tour les yeux vers cette nuit étoilée et sembla gagné par le charme de la situation.
- Oui c’est une nuit magnifique.
Il était là face à elle, il se rapprocha un peu plus. Comme poussée par un besoin instinctif, Hallucinogene lui tendit les mains. Se voyant faire le geste, elle paniqua légèrement,
- Mon dieu ! Qu’est -ce que je fais??? C’est Tungstene ! Mon ami d’enfance ! Je ne peux pas…Elle n’eut pas le temps de finir sa pensée qu’il les avait prises dans les siennes, et tout s’était évanoui, plus aucune question ne venait troubler son esprit, elle ne pensait plus à rien et laissa une douce sensation de bonheur l’envahir complètement. Hallucinogene fit un pas en avant, Tungstene un autre. Les mains tremblantes d’émotion elle passa ses bras autour de lui, il la prit par la taille la rapprochant encore plus prés de lui. Leurs corps se touchaient à présent complètement. Leurs visages n’étaient plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. Hallucinogene sentit le souffle de Tungstene frôlait ses lèvres légèrement entrouvertes, son cœur battait à tout rompre. Tungstene avança ses lèvres, Hallucinogene ferma les yeux attendant leur contact contre les siennes.
- WON WON WON WUUUUUUUUUUUUUU !
Un son strident les ramena immédiatement à la réalité. Tungstene et Hallucinogene se tournèrent étonnés vers la porte de la cabine restée ouverte.
Ils se regardèrent un peu gênés puis Tungstene se précipita vers l’étrange bruit.
Hallucinogene resta un moment décontenancée par ce qui venait de se passer. En un quart de seconde son cœur avait retrouvé son rythme normal, et la sensation de bonheur qui l’habitait juste avant l’avait quittée, laissant place à une désagréable impression de douche froide. Elle aurait pris une gifle qu’elle ne se serait pas sentie plus mal.
Puis reprenant le dessus, elle partit à la suite de Tungstene qui regagnait la cabine de pilotage.
- Mais que se passe t —il ? D’où vient ce bruit ??? Demanda- t-il à la fois étonné et contrarié.
- C’n’est pas moi ! Dit Baliverne qui se sentit penaud il n’aurait su dire pourquoi, mais il avait la très nette impression d’être à l’origine d’un grave incident diplomatique qu’on lui reprochait.
Alors montrant la coquille restait à côté de lui, il bredouilla gêné.
- C’est le coquillage ! Il s’est mis à siffler et à s’éclairer !
Cet événement étrange interpella immédiatement Hallucinogene. Ses deux compagnons se tournèrent vers elle, le regard interrogatif.
- Oh ! Ce n’est rien, c’est sûrement les sirènes qui recherchent leur coquillage, dit - elle d’un air détaché.
- Et si elles viennent le chercher ? Demanda Tungstene un peu plus inquiet
- Il y a peu de chances, nous ne restons pas assez longtemps dans leur champ pour être localisés, affirma-t-elle.
Cela parut suffire à apaiser les doutes de Tungstene qui en profita pour consulter le système de navigation.
- Tu as raison d’ailleurs il s’est arrêté. Bon bien si j’en crois la carte, on est plus très loin ! ajouta-t- il.
Hallucinogene ne l’écoutait que d’une oreille, espérant que ses suppositions soient effectivement bien bonnes. Elle n’aurait pas aimé se retrouver face à face avec ces êtres de la mer.
- Des créatures qui mettent autant d’énergie à cacher leur présence ne doivent sûrement pas apprécier d’être en présence d’humains, pensa- t-elle.
Peu de temps après, Baliverne qui était toujours à la barre s’écria :
- Ca y est, l’île est en vue !
- Ok arrête-toi ! Ordonna Tungstene en se précipitant vers une grande malle contenant des vêtements noirs. Il avait pensé l’après midi à les prendre, et trouvait que cela ferait un bon camouflage.
Je me change vite fait et j’y vais ! Mais il n’eut pas tôt fait de l’ouvrir qu’Hallucinogene le coupa dans son élan.
- Je vais avec toi ! Déclara-t-elle sans sourciller et en se saisissant du coquillage. Elle venait de louper un baiser qui prévoyait d’être passionné, et ne voulait pas se faire souffler une fois de plus un moment où elle pourrait se retrouver seule avec Tungstene.
- Baliverne restera ici pour surveiller le bateau ! Inutile de se changer ! Aller PFFFFFFFF….. et tout en disant ces mots elle posa sa main sur l’épaule de Tungstene qui n’eut que le temps de prononcer :
- Hé ! …Mais…
Avant de disparaître avec elle dans la volute de fumée habituelle.
Poufff, ils venaient de réapparaître sur la plage déserte de l’île. Tungstene regarda Hallucinogene un peu réprobateur :
samedi 17 novembre 2007
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