La nuit peuplée de rêves où des pirates venaient se mêler aux discours politiques, céda vite sa place au petit matin.
- Dis donc, Gennie doit passer, non ? Demanda Baliverne de la pièce principale.
- Oui tout à l’heure, répondit Tungstene qui faisait sa toilette.
Baliverne passa la tête par la porte.
- Ho !... Je me disais aussi pour que tu te rases ! Rétorqua son ami avec un sourire en coin.
Tungstene sentit le rouge lui monter aux joues.
- Ça n’a aucun rapport…Je me rase c’est tout, dit- il d’un ton faussement assuré.
Mais sa gorge se serra, s’il ne pouvait pas cacher l’ambiguïté de son affection pour Hallucinogene à Baliverne, peut - être qu’elle aussi avait deviné.
- Ouais, ouais ! Hé hé hé … Répondit Baliverne en clignant de l’œil d’un air entendu. - Avoue qu’elle te plaît bien quand même !
Tungstene s’empourpra de plus belle.
- Elle est mignonne oui ! Mais c’est tout, dit- il en espérant sans trop y croire cacher ses sentiments à son copain de toujours.
- Mais oui !...Hé hé hé ! Rit Baliverne en quittant la salle de bain.
Tungstene s’inquiéta.
- Et quand elle sera là, je ne veux entendre aucune insinuation … Compris !
Le temps fila à toute allure. Il y avait peu de monde dans la salle d’exposition, et après s’être assurée que personne ne la regardait faire Hallucinogene frappa à la porte du cheval.
« TOC, TOC, TOC… »
Tungstene se précipita.
- Je vais ouvrir, dit- il d’une voix fleurie d’émotion.
Baliverne sourit à son ami.
- C’est ça vas-y…
Tungstene ouvrit la porte, Hallucinogene apparut par l’entrebâillement. Elle avait, elle aussi cherché à se rendre la plus belle possible. Et cela marchait très bien, elle était d’une beauté renversante.
- Bonjour Génnie, l’accueillit gentiment Tungstene.
Elle resta avec eux une bonne partie de la matinée. Elle leur apportait les nouvelles de l’extérieur, et leur tenait aussi compagnie, échangeant des sourires charmeurs et une complicité entendue avec Tungstene. Elle aurait aimé que cela dure plus longtemps. Elle était bien avec eux, mais en même temps, quelque chose la chiffonnait, sans savoir trop quoi. Elle n’arrivait pas à analyser cette retenue qu’elle avait envers son ami, et décelait en même temps chez lui un comportement identique. Ce n’était pas le premier garçon qui lui plaisait, et d’ordinaire elle allait sans problème droit au but avec eux. Hallucinogene était une fille décidée et volontaire qui savait que dans la vie, comme elle aimait à le répéter, « lorsqu’on veut quelque chose, il faut se bouger pour l’avoir, ça ne tombe pas tout cru dans l’assiette » Elle avait toujours cru en son proverbe, et malgré les échecs sentimentaux qui en avaient résulté parfois, elle ne regrettait rien.
Midi était arrivé, elle s’extirpa du cheval de la même façon qu’elle y était entrée et sortit du musée.
Ses propres paroles raisonnaient encore dans sa tête.
- Et si en fait, je ne le voulais pas vraiment alors ??? S’écria — t — elle au milieu de la rue.
Les passants se retournèrent, quelques-uns se mirent à rire en la voyant parler toute seule.
Hallucinogene s’en rendit compte. Elle rougit confuse de s’être laissée emporter à penser tout haut. Elle baissa la tête, un peu honteuse et accéléra le pas. Il ne lui fallut pas très longtemps pour arriver chez elle. Elle passa la porte.
- Zut ! Dit- elle, je suis trop conne !
Son cerveau était en ébullition. Elle savait maintenant pourquoi elle retenait autant ses sentiments. Elle avait peur ! Peur de perdre son ami d’enfance, peur de perdre leur amitié, peur de perdre leur trio. Si elle sortait avec Tungstene et que cela se passait mal, plus rien ne serait jamais comme avant. Et en même temps…son cœur lui disait « Vas-y aime-le ! » Ses mains qui devenaient moites, ses jambes qui trépignaient rien qu’à l’idée d’aller le voir, son cœur qui palpitait plus vite. Visiblement c’était plus que de l’amitié ! Alors que faire ?
Elle aurait aimé en parler à quelqu’un. Oui mais qui ? Toutes ses copines étaient restées sur Atlantide. Ici cela ne faisait que quelques semaines qu’elle y était revenue, et ses copines d’enfance même si elle ne s’était pas fâchée avec, la distance les avait séparées, et elle n’avait gardé que de vagues contacts avec elles. Pas suffisant en tous cas pour aller leur parler de ses problèmes de cœur.
Elle s’écroula dans son fauteuil. Elle avait l’impression d’être redevenue une ado qui n’arrivait pas à gérer ses histoires d’amour.
-Tant pis ! Pensa — t — elle, même si je suis ridicule.
Elle saisit le téléphone, composa le numéro. Elle attendit un court instant et une voix lui répondit :
- Allo !
C’était un homme, Hallucinogene ne s’y attendait pas, prise au dépourvu, elle bredouilla :
- Bonjour, je voudrais parler à Julia s’il vous plait.
- Elle est en consultation, puis — je faire quelque chose pour vous ? C’est pour un rendez-vous ? Demanda l’homme du téléphone.
Julia était sa meilleure amie à la fac de médecine, elles avaient à cette époque l’habitude de partager leurs expériences sentimentales et n’avaient pas de secret l’une pour l’autre. Le système éducatif Atlante était très préformant, aussi les études de sage se commençaient plus tôt et se faisaient dans un temps bien plus court que celui de nos médecins actuels. Mais elles avaient grandi depuis, et ses dix-sept ans lui semblaient bien loin.
- Madame ? C’est pour un rendez — vous ? Répéta l’homme qui commençait à s’impatienter.
- Non je suis une amie,… merci,… je rappellerai plus tard ! Dit- elle d’un air attristé. Au revoir.
Hallucinogene allait raccrocher lorsque l’homme s’écria par le combiné :
- Attendez, elle sort du cabinet, je vous la passe !
Hallucinogene se redressa d’un bon, un grand sourire aux lèvres.
- Allo ? Demanda une douce voix féminine.
- Julia ? Demanda Hallucinogene émue et soulagée d’entendre la voix de son amie. Une larme perla au coin de ses yeux. - J’ai besoin de toi …Ajouta — t — elle.
mercredi 7 novembre 2007
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