jeudi 15 novembre 2007

Chapitre 9 un plan d'attaque

Baliverne et Tungstene grimpèrent la longue rue qui menait à la vieille ville. C’était en haut, juste un peu avant sa terminaison sur le palais du Magistrat, que vivaient son beau- frère et sa sœur. La montée était raide, et les pavés légèrement humides de rosée reflétaient les torches allumées des lampadaires de la ville.
- Dommage qu’Hallucinogene n’ait pas pu venir ! Finit par lâcher Tungstene presque involontairement.
Baliverne le regarda, il avait compris que les choses évoluaient entre son ami et Hallucinogene, et que cette réflexion était plus une pensée à voix haute de Tungstene qu’une véritable envie de conversation sur le sujet. Par discrétion il s’abstint donc de répondre.
Tungstene leva la tête. Au dessus de la porte, supportée par deux colonnes, une lourde plaque de bronze était gravée. On pouvait y lire « Pathogène, sous Magistrat d’Atlantis et son épouse » Tungstene avait toujours trouvé cela ridicule d’afficher ainsi son nom ! Mais c’était devenu une mode chez les hauts dignitaires et Pathogène qui occupait une des plus hautes places au gouvernement de l’île, n’allait pas se refuser une occasion pareille de se pavaner un peu plus.
- Pong! Pong! Pong! Pong! Pong! Tungstene avait manœuvré le lourd heurtoir en laiton de la grosse porte de chêne vernie.
Un petit moment s’écoula, avant que Tungstene n’entendit de l’agitation à l’intérieur. Pathogène ouvrit enfin la porte, laissant apparaître sa tête fatiguée par l’entrebâillement. Il était vêtu d’un pyjama rayé gris et blanc, une cape rouge jetée rapidement sur ses épaules. Son crâne chauve sur le dessus luisait dans la raie de lumière, lui donnant un petit air comique.
- Tungstene ????! Mais que viens tu faire ici à une heure pareille ?
En effet, il ne lui rendait pas souvent visite. Ce n’était pas qu’il ne s’entendait pas avec son beau-frère, mais Tungstene avait du mal à supporter trop longtemps son côté politicien, changeant d’avis suivant les circonstances. Mais voilà, c’était le mari de sa sœur Hyfigénie ! Et l’on ne choisit pas sa famille. Il lui fallait donc bien supporter cela, ne serait-ce que pour ne pas la blesser. Et puis Pathogène pouvait aussi être un bon compagnon tant qu’il n’ouvrait pas la bouche pour parler politique, ce qui était bien rare malheureusement.
Tungstene et Baliverne entrèrent donc dans la luxueuse villa. Des tentures aux armoiries d’Atlantis couvraient les murs, et quelques bustes en marbre de Pathogène et d’Hyfigénie trônaient sur leurs colonnes au milieu du salon. Ils s’installèrent tous les trois autour de la grande table de la salle à manger.
Comme à chaque rare occasion où il avait mis les pieds dans cette demeure, Baliverne regardait autour de lui, impressionné par tant de luxe tape à l’œil et amusé par l’ambiguïté de ce mélange de décoration où l’on sentait la pointe plus raisonnable d’Hyfigénie. Bien qu’ami de Tungstene depuis toujours, il ne lui arrivait pas souvent de venir ici. Pathogène n’aimait pas trop Baliverne, et évitait soigneusement de l’inviter lorsqu’il le pouvait. En effet, Hyfigénie et Baliverne avaient aussi grandi ensemble et avaient même été à une époque bien plus que des amis. Ils avaient malgré leur séparation toujours gardé de très bons rapports, et au goût de Pathogène ces rapports étaient bien trop proches, les soupçonnant même plusieurs fois d’être amants. Sa jalousie avait d’ailleurs plusieurs fois bien failli lui coûter une rupture ! La sœur de Tungstene avait en effet un sacré caractère, et n’était pas fille à se laisser faire, il était même de notoriété que seule Baliverne était arrivé à la dompter. Baliverne regardant les portraits d’elle autour de lui, restait songeur. Il se rappelait d’elle, avec ces petites nattes de chaque côté, Il n’avait jamais vraiment compris pourquoi elle s’était mariée avec ce type. Hyfigénie ne collait absolument pas au tableau superficiel du sous Magistrat, c’était une fille simple, assez jolie, de constitution robuste et était routière de métier. Elle n’avait aucune attirance pour l’apparat de la haute société. Baliverne jeta un coup d’œil sur Pathogène et ne put s’empêcher de penser :
- Mais bon sang qu’est- ce qu’elle lui trouve de si bien ? Il n’est même pas beau !
C’est alors que la voix de Tungstene vint le tirer de ses rêves
- Qu’en penses- tu Baliverne ?
- Hein ?...Heu oui bien sûr ! Répondit- il sans même savoir de quoi il était question.
- Bon, tu promets de n’en parler à personne ! Insista Tungstene auprès de son beau- frère.
- Je te jure, je ne dirai rien, quant au reste je m’en occupe.
Tungstene et Baliverne se levèrent :
- Bon on va te laisser dormir, il se fait vraiment tard maintenant, embrasse ma sœur pour moi !
- C’est ça, dit Baliverne, fais-lui mes amitiés !
- Oui, je n’y manquerai pas, répondit le sous Magistrat en grinçant des dents, et dont le visage laissait apparaître qu’il n’en ferait rien.
Tungstene et Baliverne sortirent.
- Il est toujours jaloux de toi ? Demanda Tungstene amusé.
- Ho oui ! En plus cette semaine je suis resté plus d’une heure au téléphone avec Hyfi, ce qui a fini par lui coûter une belle engueulade quand il le lui a reproché, répondit Baliverne en riant de plus belle.
- Mais…Heu … Toi et ma sœur vous ... ?
Baliverne regarda Tungstene, et lui sourit :
- Tu sais bien que ta sœur et moi ça a toujours été spécial, dit- il en laissant planer le doute.
Tungstene se résigna, il connaissait bien son ami, et savait qu’il n’aurait pas la réponse ce soir.

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