Tungstene et Baliverne descendaient lentement la rue qui ramenait au bas d’Atlantis. Les fenêtres éclairées laissaient apercevoir des bribes de vie. Des couples qui se disputaient, d’autres qui faisaient la vaisselle en s’embrassant, la vie naturelle de tout un chacun. Tungstene les regardait machinalement, tout en pensant à son beau- frère. Il devait être en train de fulminer chez lui, hurlant à tords et à travers que sa femme avait pour frère un abruti qui l’avait fait renvoyer de son travail. Il imaginait bien aussi que sa sœur prendrait sa défense, et qu’il en résulterait une dispute, peut -être même que Pathogène finirait par dormir sur le canapé. Le comique de la situation le fit sourire. Il en voulait un peu à Pathogène d’avoir trahi leur secret, et de ne pas prendre sa part de responsabilité dans leur échec. Mais il s’en voulait quand même beaucoup. C’est vrai qu’ils n’avaient pas été très forts, se laisser voler les bijoux sous leur nez ! Et puis s’ils n’avaient pas voulu se mêler de choses qui ne les regardaient pas, ils n’en seraient pas là.
Tungstene se tourna vers Baliverne :
- Il faut faire quelque chose !
- Oui, mais quoi ? Répondit Baliverne en haussant les épaules.
- On va aller chercher les bijoux chez les pirates, viens vite ! Dit- il en se précipitant dans une ruelle en pente.
Ils dévalèrent ainsi les rues, les unes après les autres.
- Tu peux me dire où l’on court comme ça ? Finit par demander Baliverne entre deux souffles.
- On descend au port !
Arrivés sur le quai, ils sautèrent dans le bateau, Tungstene défit l’amarre.
- Mets le moteur en route ! Ordonna Tungstene,
allez hop c’est parti !!! Ajouta —t- il.
Ils cherchèrent toute la nuit, et c’est au petit matin seulement qu’ils rentrèrent au port. La barbe naissante sur leurs visages fatigués par une nuit blanche, ils s’activaient à bien amarrer le bateau lorsque Hallucinogene les héla.
- Ho ! Ho ! Salut ! Ben dis donc ça n’a pas l’air d’aller fort ! Leur dit- elle en voyant leurs mines déconfites.
- Bof, bonjour, répondirent- ils en cœur.
- On a essayé toute la nuit de trouver les pirates qui ont pu voler les bijoux ! Commença Tungstene, oui parce que les bijoux ont disparu ! Ajouta—t-il croyant apprendre la nouvelle à son amie.
- Je sais ! Coupa Hallucinogene, c’est dans le journal, il parle même du coquillage, mais heureusement ils ne croient pas en ses pouvoirs.
Baliverne fit la moue.
- Ils ne perdent pas de temps dis donc ! Grogna Tungstene.
- Quant au Magistrat et Pathogène, ils sont ridiculisés, éclata-t-elle de rire. Hallucinogene ne les aimait pas beaucoup tous les deux, et elle estimait que ça leur donnait une bonne leçon d’humilité. Son œil brilla un peu plus, et d’un air malicieux elle leur dit :
- Allez, venez avec moi, j’ai un plan !
Elle les prit tous les deux par les épaules, les emmenant avec elle.
Dans le palais du Magistrat la tension n’était pas retombée. Pathogène toujours furieux de ce qui s’était passé, arrivait dans son bureau de travail.
- Bonjour Clautilde, dit-il en s’adressant à la secrétaire personnel du Magistrat. Je vous amène ma démission !
Clautilde était une gentille fille, et elle aimait bien Pathogène, malgré ses défauts, et ça lui faisait de la peine de penser qu’elle ne le côtoierait plus quotidiennement.
- Bonjour monsieur le sous- Magistrat. Le Magistrat m’a prévenu. Il voudrait vous voir. Il est là en salle de réunion avec les généraux. Mais je vous préviens, il est énervé, rajouta —elle dans un souffle.
- Ça tombe bien ! Moi aussi ! Déclara Pathogène sur un air de défit.
Il poussa la porte de la salle de réunion sans prendre la peine de frapper. Une bonne dizaine de pairs d’yeux se tournèrent vers lui. Il s’avança d’un pas décidé vers le Magistrat.
- Salut Lucien, tu voulais ma démission ! La voilà, lança- t-il presqu’ en hurlant de rage, jetant le papier devant lui.
Le Magistrat fit un bon et d’un rugissement lui renvoya tout net :
- HA VOUS, CE N’EST PAS LE MOMENT ! JE NE LA VEUX PAS ! ALLEZ-VOUS ASSEOIR !
La colère du sous- Magistrat tomba aussitôt. Il s’assit discrètement à la table, comme si de rien n’était.
Le Magistrat reprit son discours.
- Je disais donc qu’Atlantide menace de dissoudre mon gouvernement si nous ne retrouvons pas les bijoux. Ce qui implique votre destitution avec la mienne, continua le Magistrat.
Les réactions ne se firent pas attendre, des voix s’élevèrent.
- Je vous ordonne donc de tous vous mettre à leur recherche.
Des grimaces de contrariété se figèrent sur les visages, mais aucun des généraux n’osa protester ouvertement. Ils avaient tous peur de perdre leur privilège. Pathogène les observa, espérant lui aussi que l’unisson des différents corps de l’armée allait donner de bon résultats.
- Je vous répète que nous avons deux jours ! Alors au boulot ! Finit le Magistrat, en se levant, pour donner le signe que la réunion était terminée.
Les généraux se recoiffèrent de leurs grands chapeaux à plume et sortirent.
- Deux jours, c’est impossible ! Finit par lâcher un vieux général chauve couvert d’une cape rouge.
Et la belle salle de réunion aux couleurs d’Atlantis retrouva son calme. Pathogène et le Magistrat sortirent les derniers. Ils allaient passer la porte, mais le Magistrat l’arrêta. Il leva son doigt dans sa direction d’un air sévère.
- Pathogène, vous êtes réintégré ! Mais si l’on ne retrouve pas les bijoux…Dit- il menaçant.
Pathogène exultait, il avait retrouvé sa place, et cette seule nouvelle lui donnait l’impression que rien ne lui était plus impossible.
- Soyez sans crainte Magistrat ! On les retrouvera ! Dit -il d’un ton sûr de lui.
- Je l’espère pour vous ! Sinon les requins vont se régaler, répondit-il avec un petit sourire cruel. Pathogène sentit à cette remarque le poids de la dure réalité retombait d’un seul coup, et sa joie s’estompa aussi vite qu’elle était apparue. Une perle de sueur froide coula le long de son cou.
La journée sembla s’accélérer d’un seul coup et le milieu de l’après midi arriva très vite. Pathogène s’activait fiévreusement, téléphone dans une main, stylo griffonnant rapidement des informations sur un papier, de l’autre. L’échéance d’Atlantide passait de plus en plus, et aucune bonne nouvelle n’arrivait. La double porte blanche de son bureau s’ouvrit brusquement à la volée. Laissant apparaître un Tungstene rasé de frais, souriant et dynamique.
- Salut beau - frère ! Dit- il d’un air jovial.
Pathogène sentit la fureur s’emparer de lui.
- Tungstene, je n’ai pas le temps de ...Commença t-il à dire en serrant les dents.
- Viens avec moi ! Ordonna Tungstene qui lui coupa la parole sans l’écouter.
Pathogène explosa directement :
- Mais puisque je te dis que j’ai pas le temps ! hurla t-il.
Tungstene ne se laissa pas démonter.
- T’occupe pas ! Répondit- il en lui saisissant le bras. Il sortit de sa poche le coquillage qu’il avait récupéré des pirates et souffla dessus. Les deux hommes disparurent dans un POUFFF et une volute de fumée grise.
Ils réapparurent en pleine mer sur le bateau de Tungstene. Pathogène surpris de la situation ne s’attendait pas à ne plus être assis sur son fauteuil et tomba lourdement sur les fesses. Le soleil l’éblouit quelques instants, il regarda rapidement autour de lui, cherchant à savoir ce qui s’était passé.
- Aï ! …Mais …On est sur ton bateau ! Qu’est- ce qu’on fait là ? S’écria —t-il vert de rage.
- On va récupérer les bijoux, répondit Hallucinogene qui sortait de la cabine derrière lui.
Pathogène se retourna brusquement, le visage déformé par la fureur.
- HO ! NON ! S’écria-t-il en faisant un bon pour se relever. Alors là c’est trop ! Je craque ! Hurla t —il en avançant d’un air menaçant vers Hallucinogene. Vous m’avez emmené de force au milieu de la mer pour…
- Mais…Répondit Hallucinogene qui fit un pas en arrière, surprise de la réaction du sous- Magistrat.
Tungstene sentit la moutarde lui monter au nez, le caractère exécrable de son beau -frère lui passait par-dessus la tête. Et le voir s’en prendre à Hallucinogene, était la goutte d’eau qui faisait déborder le vase.
- Ça suffit, s’écria-t-il, on t’a déjà fait arrêter de dangereux pirates qui possédaient un coquillage identique à celui-ci.
Tungstene ne voulait pas lui dire que c’était celui là, craignant qu’il ne le lui réclame.
- Imagine ce qui serait arrivé s’ils l’avaient utilisé à des fins militaires ! Continua-t-il en lui collant le coquillage sous le nez comme pour mieux lui faire ressentir le danger. Et maintenant on t’aide à récupérer les bijoux ! Alors tais-toi ! Lui cria- t-il, et il entra violemment dans la cabine de pilotage rejoindre Baliverne et Hallucinogene qui s’y étaient réfugiés pendant l’altercation.
Pathogène resta penaud.
vendredi 2 novembre 2007
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