Le lendemain, Pathogène regagna son bureau au palais comme tous les matins. Le sourire aux lèvres, il se sentait d’une humeur de vainqueur, et rien ne lui semblait impossible.
- Bonjour, le Magistrat est —il arrivé ? Demanda-t-il à la secrétaire avec un grand sourire charmeur.
Elle le regarda un peu étonnée de le sentir si avenant.
- Oui, oui, il est là, répondit-elle
Et elle profita de l’occasion pour le lui rendre avec un air à l’invitation d’aller plus loin, tout en se penchant bien en avant, afin qu’il puisse lorgner sur son décolleté. Voila cinq ans qu’elle s’escrimait sans résultat à user de son charme pour attirer son attention avec l’idée de monter dans la hiérarchie par un biais ou par un autre. Mais Pathogène n’y prêta pas le moindre regard. Elle se rassit une fois de plus dépitée.
Pathogène entra sans renfort de courbette dans le bureau du Magistrat. C’était une pièce assez vaste aux murs blancs, sommairement meublée, rien de vraiment extraordinaire. Une table de granite soutenue par des pieds en marbre bleu servait de bureau au Magistrat. Les bustes en marbre de quelques hauts dignitaires d’Atlantide en évidence et une tenture portant le blason officiel était la principale décoration.
Pathogène salua de façon protocolaire.
- Salut à vous ô Magistrat !
- Salut à vous Pathogène mon sous Magistrat, répondit respectueusement celui-ci, mais en faisant bien sentir dans le ton de ses paroles, comme à son habitude sa supériorité hiérarchique.
Le Magistrat paraissait contrarié. Pathogène s’en aperçut, il savait même très bien pourquoi, et venait justement pour cette raison. Il en profita pour se pavaner un peu plus et prit un air supérieur, comptant bien profiter de la situation pour obtenir plus encore de pouvoir.
- Grande nouvelle, j’ai un plan pour mettre fin au hold-up des pirates !
Le Magistrat le sonda d’un seul regard, et sembla analyser la situation. Pathogène ne s’en aperçut même pas, tellement sûr de l’effet qu’il venait de produire sur son chef. Le Magistrat resta serein, pivota sur sa chaise.
- Expliquez —vous, lui ordonna t-il
Pathogène se sentit pousser des lauriers de victoire sur la tête :
- On va leur tendre un piège, commença-t-il, en espérant mettre un peu de suspens, on expose une grande collection de bijoux, on le fait savoir de partout, on surveille bien les joyaux et quand ils essaient de les voler…CLAC ! On les prend, s’écria t-il en faisant un bond imitant des policiers arrêtant des voleurs.
Le Magistrat ne répondit pas tout de suite, Pathogène était fier de lui, et se voyait déjà auréolé et décoré pour avoir mis fin aux agissements des dangereux malfaiteurs.
- Hum…et s’ils réussissent à voler les bijoux ? Demanda le Magistrat qui paraissait séduit par l’idée d’une arrestation qui ferait forcément rejaillir la gloire sur lui.
Pathogène se décontenança, il n’avait pas pensé à cela, et Tungstene ne lui avait pas non plus soumis cette hypothèse. Il se sentit s’enfoncer dans son fauteuil, toute son assurance venait de s’envoler avec cette réflexion.
- Aï ! Non, il ne faut pas que ça arrive, pensa t il, il ne faut pas !
Puis il se ressaisit, voilà la solution, il ne faut pas et il répondit mais cette fois sur un ton bien moins arrogant.
- Eh… bien…on prendra garde à ce que cela n’arrive pas !
Le Magistrat le regarda de son œil gris glacial. C’était un homme au faciès peu engageant. Il n’était pas moche, mais il respirait la sévérité. Il était habillé à l’image de son bureau, élégant mais sommaire, un costume noir, un T-shirt blanc au col rond. Son haut crâne chauve, son nez aquilin ses sourcils froncés et les rides d’expression autour de sa bouche en faisaient un visage dur.
- Je l’espère, sinon c’est VOUS qui en porterez l’entière responsabilité ! …Allez !…Au travail ! Ordonna le Magistrat d’un ton cinglant.
Pathogène se sentit pris à la gorge, mais maintenant que les dés étaient lancés, il ne pouvait plus faire marche arrière. Seul le sentiment de s’être fait entraîner dans une histoire qui risquait de mal tourner pour lui, lui restait au fond de la gorge.
Il sortit penaud du bureau du Magistrat, sans même jeter un coup d’œil à la secrétaire, qui une fois de plus, essayait de le séduire en ondulant sa forte poitrine sous son nez.
mercredi 14 novembre 2007
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