A peine Tungstene fut- il entré que le coquillage émit un son strident de sirène.
- Tiens ! Le coquillage qui recommence ! S’étonna Tungstene en le montrant à son amie.
Pathogène entendant le bruit accourut.
- Que se passe-t-il ? Dit- il affolé.
- C’est le coquillage, les sirènes le recherchent alors il siffle, lui répondit sèchement Tungstene.
- HA ! On arrive ! Les coupa Baliverne qui était aux commandes du bateau. Il stoppa les moteurs.
- Comment pouvez-vous savoir que c’est cette île ? Demanda Pathogène curieux de savoir de quelle manière de simples civils avaient pu localiser plus vite les voleurs que des professionnels de l’armée.
- On a interrogé les pirates arrêtés hier, c’est eux qui nous l’ont dit, répondit simplement Hallucinogene.
Baliverne m’avait dit qu’ils avaient eu une réaction bizarre en voyant les faux nettoyeurs, j’en ai conclu qu’ils se connaissaient.
Pathogène resta sans voix.
- Allez, je pars en reconnaissance, dit Tungstene soufflant sur le coquillage.
- Sois prudent, lui recommanda Hallucinogene. Un léger trémolo dans la voix trahissait son inquiétude.
Cela faisait bien dix minutes que Tungstene était parti, la tension montait à l’intérieur du frêle esquif.
Pathogène tournait en rond tel un lion en cage, Hallucinogene se rongeait les ongles, seul Baliverne mangeait tranquillement un sandwich en se balançant sur sa chaise, les pieds sur la table.
Ils n’eurent pas longtemps à attendre, Tungstene réapparut vite dans un éclair de lumière blanche.
Pathogène se précipita sur lui :
- Alors tu les as ?
- Non ! Comme prévu, on ne peut pas les approcher, répondit Tungstene qui prenait un malin plaisir à laisser Pathogène dans l’inquiétude.
- Mais qu’est- ce qu’on va faire ? Demanda celui-ci qui semblait paniqué.
- Diversion ! Pendant que je les récupère, dit Hallucinogene sur un ton où elle paraissait très sûre d’elle.
- Comme prévu ! Appuya Baliverne avec un sourire narquois comme pour bien lui montrer qu’il n’avait pas à faire à des rigolos.
Pathogène semblait ne plus savoir où donner de la tête, les informations lui arrivant toutes d’un coup comme si tout avait déjà été planifié, sans qu’il n’eût un mot à dire. Ce qu’il fit, n’ajoutant rien, et se laissant guider par son beau- frère et ses amis.
- Allez, touchons- nous tous, ordonna Tungstene qui avait le coquillage dans les mains, déjà prêt à souffler dessus. Il comptait bien se rendre à nouveau sur l’île, mais cette fois en compagnie de ses camarades. Ils s’exécutèrent donc, se prenant par la main pour former une chaîne humaine. Tungstene souffla et ils disparurent dans quatre tourbillons de fumée.
Ils se téléportèrent directement sur la plage. Dès leur arrivée, ils se précipitèrent vers la forêt, afin de ne pas se faire repérer par les pirates. Une fois enfoncés dans la jungle, ils s’arrêtèrent de courir et s’accroupir en rond.
L’épaisse végétation filtrait si bien les rayons du soleil que cette fin d’après- midi ressemblait plus à la tombée de la nuit. Ils mirent au point une dernière fois le rôle de chacun. La tension était palpable. Les pirates n’avaient rien de très accueillant, et s’ils venaient à tomber entre leurs mains, ils pouvaient s’attendre à passer de très mauvais moments. Torture et jeux cruels étaient monnaie courante chez eux. Tout reposait donc sur une bonne utilisation du coquillage au moment adéquat.
- Quand ils seront assez loin, on se téléportera sur le bateau et je reviendrai te chercher, dit Tungstene à l’adresse d’Hallucinogene.
- Ok, répondit celle-ci sans sourciller.
Tungstene avait le ventre serré, il savait que c’était elle qui prenait le plus de risques, puisque c’était la seule sans possibilité de téléportation immédiate en cas de coup dur. Cela ne l’enchantait pas du tout de lui laisser courir un tel danger, mais une fois de plus, Gennie avait pris la décision, et il était impossible de lui faire entendre raison. Tungstene était admiratif de cette jeune femme au caractère bien trempé. En cet instant, il se rendait bien compte qu’il lui serait très douloureux de la perdre.
Il lui prit les mains, la regarda dans les yeux. Elle lui sourit gentiment comme pour lui dire « moi aussi ! Pareil ! »
- Alors tu viens ?! L’interpella Baliverne qui commençait à partir en direction du camp pirates avec Pathogène.
- Oui, répondit-il à son attention, puis à Hallucinogene, - Sois prudente…
- t’inquiète pas ! Dit -elle avec son petit sourire coquin qui le faisait craquer à chaque fois. Il s’éloigna avec les deux autres, pendant qu’Hallucinogene restait en poste, prête à agir dès que tous les pirates seraient partis à leurs trousses.
Ils arrivèrent devant la grotte les sentinelles les aperçurent immédiatement.
- OYYYYEEEEE , TAÏO , TAÏOO , crièrent en cœur Tungstene, Baliverne et Pathogène pour les exciter. Hallucinogene avait pensé qu’en étant plus nombreux, un maximum de pirates se mettrait à leur poursuite, ce qui se passait exactement comme prévu.
Déjà les hommes en garde dans les hauteurs couraient dans leur direction. Celui qui paraissait être le chef passa la tête au dehors de la grotte et cria :
- Mais qu’est- ce que c’est ?...Attrapez- moi ces trois intrus !!! La bande de pirates se précipita sur eux, sabre à la main. Tungstene et ses amis continuaient de les houspiller par des « Taïo » tout en fuyant dans la jungle. Ils couraient de toutes leurs forces, les branches les égratignaient, les fougères et les plantes tropicales leur fouettaient le visage et leur lacéraient les bras, mais il fallait les emmener le plus loin possible du repaire pour qu’Hallucinogene eût le temps de voler les bijoux volés, et il ne fallait pas se faire rattraper non plus. Tungstene sentait son cœur cognait comme un forcené à l’intérieur de sa poitrine comme s’il eût envie de sortir. Les muscles de ses jambes commençaient à lui faire mal, mais il était le chef de la petite troupe et s’il s’arrêtait Baliverne et Pathogène feraient de même pour se téléporter avec lui.
- On arrive à la plage, ils sont faits comme des rats ! Ricana un pirate.
En effet, ils étaient acculés contre les vagues. Les pirates les avaient encerclés. Apparemment aucune chance de fuir n’était possible.
Tungstene, Baliverne et Pathogène se donnèrent la main.
- Hé Hé Hé, dit Tungstene d’un air triomphant en saisissant le coquillage de sa poche et l’approchant de ses lèvres.
Un pirate était déjà à quelques pas de lui, levant son sabre en signe de bataille. Tungstene souffla et disparut aussitôt en compagnie de son beau -frère et de son ami.
- HA !!!! Diablerie ! S’écria le pirate pétrifié d’effrois devant un spectacle si inattendu.
Tungstene sentit à nouveau la force étrange les happer, Baliverne et Pathogène étaient toujours à ses côtés. La plage disparut dans un tourbillon et fit rapidement place à la lumière aveuglante signe de l’aboutissement de la téléportation sur leur bateau. Mais à peine ses yeux entrevoyaient le pont de l’esquif qu’une chose lui sembla étrange. Il n’eut pas le temps de faire un geste. Une grosse main passa devant lui, et lui saisit le coquillage des doigts.
- Donne ça toi !
Un immense homme blond à queue de poisson se tenait devant lui, et un autre brun barbu les menaçait juste derrière eux. Tungstene les toisa rapidement. Ils devaient bien mesurer deux mètres cinquante de haut. Leur torse nu laissait apparaître une forte musculature.
- Se battre dans un combat à mains nues contre ces deux êtres aquatiques serait perdu d’avance, pensa Tungstene, en plus ils sont armés de long trident.
Il tourna la tête vers Baliverne qui lui fit signe de la tête qu’il en arrivait aux même conclusions.
- Misérables humains ceci ne vous appartient pas ! Dit le blond. Soyez heureux d’avoir la vie sauve ! Ajouta —t-il en pointant sa lance à trois branches sur le ventre de Tungstene qui voulait protester. Allez, on s’en va ! Enjoint-il à son compagnon.
Et en un claquement de doigts, ils plongèrent par-dessus bord.
La scène n’avait pas duré plus d’une minute. Et le temps de la surprise passé, la dure réalité retomba tel un couperet.
- Ho non ! Hallucinogene ! S’écria Tungstene. Qu’est-ce qu’on va faire ? Comment va — t — elle revenir ?
Il s’écroula sur une caisse, ses jambes ne le tenaient plus. Il prit sa tête entre ses mains pour mieux réfléchir.
- Il faut trouver une solution rapidement pour la sortir de là avant qu’elle ne se fasse prendre, dit Baliverne.
- Si ce n’est déjà fait, répondit Tungstene avec une grimace.
- Et les bijoux ! Ajouta Pathogène.
Ils se tournèrent vers lui les yeux flamboyants de reproches, prêts à lui sortir ses quatre vérités lorsqu’un cri venant de l’arrière les fit sursauter.
- Hé ho ! Aidez- moi !
- La sage ! Elle est revenue à la nage ! S’écria Pathogène qui ne doutait de rien.
Ils se précipitèrent à l’échelle de poupe pour aider Hallucinogene à se hisser sur le bateau.
- Ha ! Ha !…Les bijoux ! S’exclama Pathogène joyeusement en débarrassant Hallucinogene du sac qu’elle lui tendait. Elle grimpa sur le pont, trempée jusqu’aux os.
- Il ne faut pas traîner ici ! S’exclama Baliverne en courant vers la cabine de pilotage.
- Moi je vais mettre ça en sûreté, ajouta Pathogène en le suivant.
Tungstene la regarda un moment ses cheveux tout aplatis dégoulinant d’eau de mer, son chemisier blanc trempé et son fameux sourire craquant ! Il la prit dans ses bras, tellement soulagé de la voir la devant lui.
- Ho Gennie, comme j’ai eu peur.
Ils restèrent un long moment comme cela, enlacés l’un contre l’autre savourant tous les deux ce moment d’affection partagé. C’est le tangage du bateau prenant son virage qui les fit revenir à la réalité.
- Mais comment as-tu fait ? Demanda Tungstene pour qui une nage aussi longue en si peu de temps semblait bien improbable.
- Depuis la plage, j’ai vu les deux tritons sautaient du bateau, alors j’ai compris, dit-elle mystérieuse. Et j’ai utilisé ça !
Elle lui montra un fragment de coquille d’environ deux centimètres carrés. C’est un des bouts de ton coquillage cassé par les pirates. Je l’ai récupéré avec l’aide d’une amie qui fait le ménage au palais, je voulais l’étudier de plus près.
Tungstene regarda le morceau de coquillage magique.
- Tiens, je te le donne, il est petit, mais il fonctionne quand même ! Tu pourras en faire un pendentif, lui- dit- elle en souriant, comme ça on aura le même, et tu penseras à moi.
Il lui fit un clin d’œil d’un air entendu.
- Merci Gennie, je…
Mais elle lui coupa la parole.
- Par contre, ne le dis à personne d’autre que Baliverne, c’est très bien que Pathogène ne le sache pas. Et ne t’inquiète pas pour les sirènes, il est apparemment trop petit pour qu’elles puissent le repérer !
Tungstene la regarda tendrement.
Elle lui sourit à nouveau et posa un doigt sur ses lèvres, elle avait compris que si elle l’eût laissé parler dans ce trop plein d’émotions, ils risquaient d’aller plus loin dans leur relation, et elle ne voulait pas prendre pour l’instant ce risque. Tungstene le devina et préféra lui aussi cette solution. Du moins pour l’instant !
- Et puis si demain je change d’avis, je me lance, pensa t-il.
Ils rejoignirent les autres dans la cabine de pilotage, non sans avoir quand même tous deux un pincement au cœur.
Pathogène les accueillit avec un large sourire :
- Hé ben dis donc ! Heureusement que tu sais nager ! Sinon c’était le requin pour moi !!!
Elle lui tapa sur l’épaule en riant de bon cœur.
- Ha ! Ha ! Ha ! Sacré Pathogène va !
FIN du tome 1
jeudi 1 novembre 2007
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