Un grand fracas venant du couloir le fit sursauter.
On aurait dit des bruits de lutte, un peu comme si un couple en pleine dispute se lançait de la vaisselle à la figure.
- Mais que se passe t-il là-bas ?? Dit Tungstene en se précipitant pour voir d’où provenait un tel vacarme.
Le couloir était vide, mais les bruits semblaient provenir d’une pièce à peine plus loin. Tungstene s’approcha prudemment, il passa par l’embrasure de la porte et se figea.
Puis il éclata de rire :
- Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Mais qu’est- ce que tu fais là ?
C’était la cuisine. Une grande pièce au ton orangé où s’étalait le long du mur une cuisine intégrée, aux meubles en bois foncé.
Hallucinogene était assise dans l’évier, un pied dans une casserole, l’autre sur une assiette, et le reste de la vaisselle jonchait le sol un peu partout.
- Je crois que je me suis laissée distraire, répondit-elle en riant, mais je vais réessayer.
- Va m’attendre dans mon bureau si tu veux, il est juste au bout du couloir, moi je vais me changer et essayer de te trouver quelque chose à mettre.
Effectivement, Tungstene baignait toujours dans ses habits mouillés, et la sensation des vêtements humides et collant sur sa peau ne lui était pas très agréable.
- Je veux bien merci, lui répondit- il, tirant sur son pantalon et tout en faisant la grimace comme pour mieux montrer son inconfort.
A ces mots, elle souffla sur le coquillage et disparut à nouveau dans la volute de fumée et le petit « Pouf ! » caractéristique.
Tungstene était au moins rassuré, le spectacle burlesque auquel il venait d’assister prouvait que faute d’atterrir où l’on souhaitait, on y arrivait déjà en entier !
Quelques instants plus tard, Hallucinogene réapparaissait dans son bureau, vêtue d’un léger chemisier blanc et d’un pantalon en jean.
Tungstene l’attendait, debout appuyait sur le dossier d’un fauteuil en fer forgé, n’osant pas s’asseoir pour ne pas le mouiller. Il faisait face à une grande table de marbre reposant sur de petites colonnes de teinte bleutée. Des papiers jetés en vrac dessus, quelques planches d’anatomie et une plume trempée dans un encrier, laissaient présager que Gennie devait avoir pour habitude d’y travailler.
- C’est vraiment très pratique ce truc, dit-elle en posant le coquillage sur le bureau, puis en lui tendant des habits secs : Tiens, je n’ai trouvé que ça. Nous n’avons pas la même taille, mais je pense qu’ils devraient t’aller tout de même.
Tungstene regarda les habits l’air pas très convaincu.
Hallucinogene le rassura :
- Le T-shirt est un T-shirt comme tous les autres, dit - elle en le suspendant devant lui comme pour vérifier les mesures, et le pantalon, je l’ai acheté dans un magasin pour homme, ajouta t-elle avec un clin d’œil, j’aimais bien la coupe. Puis riant, y a juste la culotte, bien sûr je n’ai rien trouvé.
Tungstene rougit légèrement, un peu gêné de se voir percé dans son intimité.
Il prit les habits, regarda autour de lui cherchant comment se changer sans pour autant se mettre nu devant son amie. Le fait de l’avoir vue tout à l’heure dans le même état ne lui donnait pas envie que son tour arrive.
Hallucinogene lui montra une petite cloison faite de bois et de verre dépoli.
- Change - toi là derrière, lui dit elle, c’est fait pour ça.
Tungstene avait oublié un moment qu’elle était médecin. Il se sentit un peu ridicule, songeant qu’elle avait dû voir bien d’autres hommes nus lors de son travail. Mais il n’arrivait pas à la voir comme telle, c’était son amie avant tout !
Il passa donc dans la petite pièce. C’était là qu’elle examinait ses patients. Il observa rapidement la petite salle ainsi délimitée. Une grande table d’auscultation recouverte de skaï noir trônait au milieu de la pièce. Sur les longues étagères périphériques s’alignaient des instruments biscornus et des livres aux couvertures étranges. Tungstene quitta ses habits mouillés, se sécha rapidement. Il passa la tête dans le T-shirt blanc d’Hallucinogene. Son parfum émanait encore des fibres du tissu et Tungstene eut la douce impression de la sentir serrée contre lui.
Il enfila le pantalon, et s’aperçut que son amie avait l’œil, il lui allait comme un gant !
Pendant ce temps Hallucinogene étudiait de plus prés le coquillage puis le fit sauter dans sa main.
- Etranges signes, se dit-elle en grattant avec son ongle les dessins striés de la coquille, on dirait une écriture, pourtant cela semble incruster dans la matière ! Dommage qu’il soit si gros, mais oui, vraiment très pratique ce truc ! Finit- elle par dire tout haut.
- Ca à l’air oui. Mais je me demande bien comment ce coquillage a pu arriver ici ! Dit Tungstene en sortant de derrière la cloison et venant s’asseoir enfin dans le fauteuil.
Hallucinogene le regarda satisfaite.
- Magnifique, ils te vont à merveille.
Puis rebondissant sur la remarque de Tungstene :
- Je ne sais pas ! Mais le plus intéressant serait de savoir si d’autres se sont échoués.
- On peut aller voir ! S’exclama Tungstene en se levant d’un bond, tu crois que si l’on se touche on se téléporte ensemble ?
Hallucinogene hésita un moment.
- Je présume qu’oui, après tout, si les habits disparaissent en même temps, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas non plus avec une personne et tout en disant cela, elle lui tendit le coquillage et lui prit la main. Tiens concentre-toi bien sur la plage où tu l’as trouvé.
Au contact de ses doigts, l’estomac de Tungstene recommença à faire des bonds. Décidément, Hallucinogene avait un étrange pouvoir sur ses entrailles. Elle sembla même s’en apercevoir et lui sourit gentiment.
- Pfiou, difficile de se concentrer dans de telles conditions, pensa Tungstene. Pourtant, il ne faudrait pas que je nous emmène n’importe où.
Tungstene fit un effort et arriva enfin à repenser à la plage.
- Ben alors ? Demanda Hallucinogene qui commençait à s’étonner de l’inaction de son ami.
- Hé ! Deux minutes, se défendit-il gentiment, je ne veux pas nous envoyer au pôle Nord !
Et il se décida enfin à souffler sur le coquillage magique. Il sentit bien cette fois, une force étrange le happer, l’image du bureau devant lui s’envola dans un tourbillon. Tungstene tourna la tête pour voir si Hallucinogene était toujours à côté de lui. Elle était là, lui souriant, semblant tourner autour de lui dans une lumière floue balayée de paysages indistincts. Le voyage ne dura qu’une fraction de seconde et se termina aussi brusquement que lors de sa première téléportation, dans une lumière aveuglante. Le bruit des vagues, et les cris des mouettes se firent entendre en premier, puis les odeurs d’iode et d’eau salée, et enfin la vision complètement nette. Il se trouvait sur la plage, tenant toujours Hallucinogene par la main.
- Super ça marche, dit Tungstene à la fois content de cette merveilleuse expérience et toujours sensible au charme dégagé par la présence de son amie.
- On n’a plus qu’à chercher ! Déclara sans détour Hallucinogene qui lui lâchait déjà la main.
- C’est ça, cherchons… Répondit-il un peu déçu que celle qui faisait battre son cœur si vite ces derniers jours, ne soit pas plus sensible au romantisme de la situation.
- Tu n’as qu’à partir de ce côté-là, et moi de celui-ci dit-elle en montrant une partie de la plage.
- D’accord.
Hallucinogene s’éloigna tranquillement en scrutant le sable et le bord de l’eau. Tungstene la regarda partir et laissa échapper un soupir.
jeudi 22 novembre 2007
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